Une semaine de mer sans vent.
Le Tiki-Yo entre dans Séville le 15 août après avoir remonté le fameux Guadalquivir.




Séville au mois d'août, c’est 45° à l'ombre et la désertion de ses habitants pour des terres plus fraîches...
La ville tourne au ralenti.
Nous prenons possession des lieux et restructurons entièrement le laboratoire laissé à l'abandon.
Les dix-huit enfants habitent la proche banlieue sévillanaise, dans la cité de Los Bermejales.
Alphonso, le sous-directeur, nous prévient qu’«ils sont un peu difficiles»…

Premiers contacts dans une tempête de cris et de jurons.
Virginia, notre interprète, semble décontenancée et comprend mal leur jargon.

Magellan?
Ici, personne ne connaît…
Mais les enfants prêtent attention à son histoire et redoublent d’attention lorsque j’aborde les circonstances de sa mort…
Au bout d'une heure, je parviens peu à peu à leur expliquer l’histoire de la camera obscura.

Mais lorsque je montre la boîte, éclat de rire général.
Pour les convaincre, je pose une boîte à terre et leur propose de faire fonctionner l'obturateur.
Les garçons s'approchent timidement, le plus jeune ose enlever le gaffer.


Une fois les boîtes chargées, nous tentons de partir, mais les filles ne veulent pas nous suivre : «C'est la honte de sortir avec une boîte de conserve.»

 


Après deux heures d'explications et de stratagèmes, elles se décident enfin.
Macarena glisse la sienne sous sa chemise.
Au laboratoire, chacun veut être le premier à développer.
Minute de vérité.
La feuille est plongée dans le révélateur, l'image accueillie par des cris.
Difficile de calmer leur ardeur, les images ratées se traduisent par un silence de mort…

Quartier de Santa Cruz, au cœur de la vieille ville.
Un policier arrête les enfants pour leur demander ce qu’ils font.
Jésus a beau essayer de lui expliquer, l’homme n'en croit pas un mot.
Les autres viennent à la rescousse.
Mais il ne veut rien entendre :
« Oui, oui, je sais, il y a un appareil de photo dans la boîte…»

Ultime explication, il acquiesce en se frottant le menton.
Valme Zappata l’interpelle :
«Nous sommes des photographes, pas des voyous…»

Petit à petit la boîte s'impose, chacun choisit précisément son image.
La Tour de la Giralda, le Guadalquivir, l’Alcazar ­ qu’ils confondaient avec une fabrique de tabac -, les enfants découvrent leur ville, les plaintes disparaissent.


Dernier jour, ultime image :
les arènes de Séville. Roberto m'y explique, démonstration à l'appui, la fonction de l'architecture, le geste du toréador, la course du taureau, l'ovation de la foule… et puis, l’interrompt Raquel, «ce vide de l'arène qui te fait tourner la tête».

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