Le premier atelier se déroule sur l’île de Dieu,
dans la proche banlieue de Récife.
«L’île s’appelait île sans Dieu car il n’y avait pas de pont.
Depuis peu, il y en a un.
Et ses habitants l’ont repabtisée île de Dieu.
Pour moi, nous dit le chauffeur de taxi, c'est plutôt l'île du diable.
Putes, drogue, armes et alcool…»
Ici, pauvreté se conjugue avec pollution : cabanes sur pilotis, sentiers
transformés en marécages dès les premières pluies, peu de bâtiments
en dur si ce n'est la crèche et le bar…
Aucun des enfants ne va à l'école il n'y en
a pas sur l'île.
Le laboratoire est installé dans une baraque de pêcheurs.
La boîte les laisse perplexes.
«Ca sert à mettre du sucre, alors faire des photos...»
Mais la méfiance disparaît dès les premières prises de vue.
«On va se servir de la boîte pour faire un constat
de l’île», nous lance Vera.
Tour en barque dans «la petite Venise» : baraques en bois brinquebalantes
au premier plan, buildings de Boa Viagem, le quartier chic, en arrière-plan.
Neide s'approche d'un homme endormi en plein soleil, cuvant sa cachaça.
Il se lève, titube, refuse d'être photographié, et se rendort aussitôt.
Elle persiste, pose la boîte, calcule son angle:
«Ici trop de gens boivent, il n'y a rien d'autre à faire», m'explique-t-elle.
Retour au laboratoire.
Neide fait la grimace, il n’y a plus d’eau.
Les ados partent à la recherche du précieux liquide.
La caravane revient, bassines, seaux sur la tête…
Le développement peut commencer.
La photo est forte, troublante.
Plus tard, l'homme vient me voir d’un pas ferme, pose sa main sur mon
épaule:
«Cette photo, elle me plaît, on me croit mort…, et j'étais mort», lance-il
en éclatant de rire.
Tous les enfants ont épousé la cause photographique
très rapidement.
Toujours là avant nous, ils restent nous aider tard le soir.
Ils progressent dans leurs images, rentrent dans le cadre, affirment
leur constat.