Patrick, un des piliers de la préparation du Tiki Yo, arrive de France avec un nouveau pilote automatique.
Il me rejoint avec son frère, Jean-Philippe, qui me suivra jusqu’au bout.
La traversée est mouvementée : le gasoil acheté à Séville est un mélange d'eau et de boue, ce qui nous oblige à faire une escale technique aux Canaries. Puis au Cap-Vert, pour remettre en état quelques éléments du gréement qui ont souffert pendant une tempête.
L'Atlantique franchi à deux, sans expérience, c'est déjà une étape… Nous arrivons au Brésil le 2 novembre.


Le premier atelier se déroule sur l’île de Dieu, dans la proche banlieue de Récife.
«L’île s’appelait île sans Dieu car il n’y avait pas de pont.
Depuis peu, il y en a un.
Et ses habitants l’ont repabtisée île de Dieu.
Pour moi, nous dit le chauffeur de taxi, c'est plutôt l'île du diable.
Putes, drogue, armes et alcool…»
Ici, pauvreté se conjugue avec pollution : cabanes sur pilotis, sentiers transformés en marécages dès les premières pluies, peu de bâtiments en dur si ce n'est la crèche et le bar…

Aucun des enfants ne va à l'école ­ il n'y en a pas sur l'île.
Le laboratoire est installé dans une baraque de pêcheurs.
La boîte les laisse perplexes.
«Ca sert à mettre du sucre, alors faire des photos...»
Mais la méfiance disparaît dès les premières prises de vue.

«On va se servir de la boîte pour faire un constat de l’île», nous lance Vera.
Tour en barque dans «la petite Venise» : baraques en bois brinquebalantes au premier plan, buildings de Boa Viagem, le quartier chic, en arrière-plan.
Neide s'approche d'un homme endormi en plein soleil, cuvant sa cachaça.
Il se lève, titube, refuse d'être photographié, et se rendort aussitôt.
Elle persiste, pose la boîte, calcule son angle:
«Ici trop de gens boivent, il n'y a rien d'autre à faire», m'explique-t-elle.

Retour au laboratoire.
Neide fait la grimace, il n’y a plus d’eau.
Les ados partent à la recherche du précieux liquide.
La caravane revient, bassines, seaux sur la tête…
Le développement peut commencer.
La photo est forte, troublante.
Plus tard, l'homme vient me voir d’un pas ferme, pose sa main sur mon épaule:
«Cette photo, elle me plaît, on me croit mort…, et j'étais mort», lance-il en éclatant de rire.

Tous les enfants ont épousé la cause photographique très rapidement.
Toujours là avant nous, ils restent nous aider tard le soir.
Ils progressent dans leurs images, rentrent dans le cadre, affirment leur constat.

 


Dernier jour et ultimes confidences en rangeant le matériel.

«En général, la presse vient ici pour montrer la violence, la drogue, mais jamais comment on vit.
Maintenant, on va faire voir ça, pas seulement aux Brésiliens, mais au monde entier!» me dit Afriano.
Et Ly : «Tu diras à celui qui aura ma petite boîte d'en prendre bien soin…»
L’exposition est organisée dans un ancien fort portugais.
En guise d’adieu, Elizangela me confie :
«Tu sais, les adultes doivent prendre conscience que nous sommes le futur…, il ne faut pas nous laisser une planète poubelle.»

     
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