Nous laissons derrière nous la chaleur du Brésil, et après dix-neuf jours de mer arrivons le 14 janvier 1999 à Punta del Este, en Uruguay. Patrick nous a rejoint. Le Tiki Yo est bichonné pour affronter le grand Sud.
Quittant le Rio de la Plata et ses lumières de cire, nous appareillons pour le Chili le 2 février.
Dépressions aux abords des 40e rugissants, tempête dans les 50e hurlants... Le vent glacé nous pousse sur Punta Arenas que nous atteignons le 20 février.


«Huit mois d'hiver, un été à 13°C de moyenne, trois cents jours de pluie par an. Bienvenue à Punta Arenas», nous dit en souriant Hugo Barrientos, adjoint du maire.

«Ici, la ville s'agrippe sur le globe, on ne peut plus reculer…»

Peu de distraction en effet pour ces enfants du bout du monde qui s’avèrent, dès la première heure, très attentifs.

Magellan est pour eux une personnalité familière: journaux, place, boutiques, portent son nom.
En revanche, le sténopé tient d'une invraisemblance tout comme notre voyage autour du monde.
Aristote, Léonard de Vinci, Niepce sont d’étranges magiciens.

Les premières sorties sont timides, et les résultats décevants: papiers photo mis à l’envers, temps dépassés, scotch décollés…
Nous arpentons la petite ville.


La pluie et le vent glacé qui souffle de l'Antarctique ne découragent pas le groupe.

Sur la place de Magellan, une vieille femme nous observe, s'approche, et passe rapidement près de nous en criant :
«Sorcellerie! magie noire! que font tous ces marmots avec ces boîtes?»


Au bout de quelque temps, les enfants s'ouvrent, vont vers les gens pour leur demander l'autorisation de les photographier, escaladent des statues pour y déposer une boîte, pénètrent dans des cours obscures.
Leo veut immortaliser un militaire en tenue.
Après une longue discussion, l'homme se prête au désir du gamin, qui mesure la lumière : «Deux minutes», annonce-t-il à l'homme qui fait la moue.
Dans un superbe garde-à-vous, le sergent prend la pause. «On dirait un soldat de plomb», lance José.
«Mais non! rétorque Léo, chez les soldats, c'est le cerveau qui est en plomb!»
Les yeux du militaire lancent des flammes.

Les ados se transforment, affirment leur point de vue.
L'image leur sert de révélateur.
Au laboratoire, les petites mains sont devenues expertes en tirage.

Le dernier jour, en lavant les photos, Manuel saisit l’image d'un homme de dos qui regarde la mer.
«Ici, on est bien seul, et quand tu regardes la mer, tu sais qu'il y a en face quelqu'un qui est comme toi...»
Les gamins ont récupéré un garage pour y monter un laboratoire.
Sous leur pression, un atelier permanent est organisé à Punta Arenas.


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