Mais l'envie d'apprendre, de comprendre, nous
surprend tous.
Les thèmes sont choisis rapidement et le tableau vite noirci.
Nous partons en prise de vue sous une chaleur torride.
Les adolescents s’avèrent moins à l'aise sur
le terrain qu'en cours.
Demander l'autorisation aux gens de les photographier ou s'approcher
d'une maison les effraie, marcher en dehors des sentiers battus leur
semble impossible.
De retour au laboratoire, Gemmyma ouvre sa boîte,
et semble déçue de n’y découvrir qu’une feuille blanche.
Elle plonge le papier dans le révélateur, l'image apparaît.
Les enfants applaudissent.
Ici, la boîte n'est pas perçue d'une façon individuelle
mais collective.
Les adolescents développent ensemble les sténopés et se font des critiques
constructives : angle, photographie mal cadrée, surexposition… ils comprennent
vite et réalisent toutes les étapes sans erreur: une photo voilée sur
sept cents.
Il n’a pas plu depuis trois ans, et l’eau est
un véritable problème sur l’île.
Deux heures d’eau courante tous les deux jours, c’est peu.
On finit par shunter l’eau des toilettes, saumâtre.
Pour la première fois nous développons dans l’eau salée.
Le bus nous emmène vers les grands filets qui
servent à attraper les frégates du Pacifique, la dernière tradition
de Nauru.
Un lieu tabou pour les filles.
Mon appareil s'ouvre, Ruman s'approche de moi:
«Tu vois, je te l'avais dit, il ne fallait pas venir avec elles…»
La chaleur qui les clouait au sol semble oubliée, les uniformes ont
disparu, les langues se délient.