Malgré les difficultés, les seize gamins sont
présents quotidiennement.
Ils découvrent leur île, l'explorent.
«C'est beau toutes ces pierres, me dit un jour
Antonio en me prenant la main, mais il y en a un peu trop...»
Maruka, qui a la jambe plâtrée, suit ses compagnons.
Dans les montagnes, sur la plage, rien ne l'empêche
de réaliser son image.
Au laboratoire, les bagarres s'estompent, les gamins sont plus soigneux
et disciplinés.
Senior Revelatore reste collé à la pendule pour ne pas oublier son temps.
Senior Fixatore ne goûte plus le produit, et les traces disparaissent
sur les images.
Devant sa photographie qui apparaît doucement
dans le révélateur, Antonio soupire : «Ah! elle est bien celle-là, je
suis seul sur cette route comme je suis seul dans la vie...»
Avec le temps, certains enfants commencent à
s'entraider, une solidarité s’est forgée à travers leur travail.
Le vernissage est ubuesque: gamins du centre, clans rivaux, policiers
curieux, intellectuels, marins de passage...
Les enfants guident la visite sur un air de capoeira, qui berce de ses
rythmes l'exposition en plein air.
Les petites boîtes croqueuses d’image les ont apprivoisés. Peine et
joie, calme et tempêtes se sont succédés.
Vingt-six mois de navigation, trente-six mille
miles parcourus.
Une longue chaîne photographique fait la farandole grâce aux regards
des enfants.
Le Tiki Yo peut rentrer à son port d’attache.
Gibraltar, novembre 2000